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Dessin de tracé de fleuve

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Fluvial : Tour d’horizon avec VNF

Mots clés : fluvial, fret, tourisme, VNF, 6 700 km de canaux, fleuves et rivières, 40 000 ha de domaine public, +10 000 ouvrages
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FLUVIAL
Tour d’horizon avec VNF

la rédaction
ouverture Ports de Lorraine – VNF/Région Grand Est
photo CCI Moselle

H2o – avril 2026

 

Voies navigables de France a organisé le 16 avril sa conférence de presse annuelle pour présenter les temps forts de son actualité et ses perspectives pour 2026. Nous revenons ici sur le bilan 2025 de l’activité fluviale, pour le transport de marchandises et le tourisme. Un prochain article traitera plus amplement de la gestion de l’eau par VNF dont le réseau de 4 400 kilomètres de canaux représente un volume total de stockage d’eau d’environ 200 millions de mètres cubes. 


2025 : le fret fluvial résiste à la conjoncture

Avec 43,1 millions de tonnes de marchandises transportées et près de 5,67 milliards de tonnes-kilomètres (t-km) enregistrées, le mode fluvial consolide la dynamique engagée ces dernières années. Malgré une conjoncture économique plutôt défavorable, l’activité affiche un niveau relativement stable (-1,8 % en t-km vs 2024).

Au sein des filières "historiques", la filière agricole connaît un léger recul avec -3,4 % en t-km, et une croissance en volume de tonnes transportées (12,05 millions, en hausse de +2,2 %). Ce résultat s’inscrit dans une campagne céréalière 2024-2025 parmi les plus faibles des quarante dernières années. Toutefois, la reprise de la nouvelle campagne 2025-2026 a permis une belle reprise à partir de juillet (+35,7 % en t-km). La filière matériaux de construction parvient pour sa part à se stabiliser (-0,4 % en t-km), malgré la baisse de la production de granulats qui représente l’écrasante majorité des composants acheminés par voie fluviale et grâce à un rebond sur le second semestre. Les filières énergétiques et chimiques enregistrent également des baisses respectives de - 3,2 % et -10,1 % en t-km. 

photo Didier Gauducheau pour VNF

 

En revanche, la filière métallurgique, dans la continuité de la hausse de 2024 de près de 8 %, poursuit sa dynamique avec +7,9 % en t-km, une progression qui concerne tous les bassins de navigation hormis le Rhin. Cette évolution reflète la montée en puissance des flux liés à l’acier et aux matières premières stratégiques, et confirme le rôle du fluvial dans le développement d’une industrie plus compétitive et décarbonée. 

De la même manière, la logistique urbaine fluviale poursuit sa montée en puissance, avec près de 1 900 voyages en 2025 (+44 % depuis 2021) et 135 500 tonnes transportées (+6,8 % en un an). Elle s’affirme ainsi comme une solution efficace et pérenne dans les politiques de transition écologique des entreprises. Si la capitale concentre l’essentiel de cette activité, elle se développe également fortement à Lyon et Strasbourg. Cela s’explique par les nombreux atouts du fluvial dans les zones urbaines : décongestion des axes routiers, réduction des nuisances et livraison en cœur de ville, notamment.

À l’échelle des bassins, l’année 2025 met en évidence des dynamiques territoriales contrastées mais globalement encourageantes dans l’objectif de retrouver un niveau d’activité d’avant-crise Covid : le bassin rhodanien enregistre une progression de +6,4 % en t-km, portée par la métallurgie, l’énergie et les matériaux de construction. Le port de Marseille-Fos enregistre lui-même une hausse de 5 % ; le bassin Nord-Est s’est maintenu en 2025, grâce encore au dynamisme de la filière métallurgique ; sur le bassin de la Seine, l’activité est en léger recul de -1,6 %, néanmoins, en faisant abstraction de la filière agricole, le transport fluvial progresse avec des hausses notables pour les filières chimique et métallurgique ; le bassin Nord Pas-de-Calais, impacté par des chômages de longues durées sur plusieurs écluses du bassin, enregistre une baisse de -4,1 % en t-km, malgré un rebond au dernier trimestre +6,8 % ; le bassin Rhénan est en baisse par rapport à 2024 à -9,9 % et seule la filière agricole progresse du fait d’un regain des exportations de maïs vers l’Union européenne et d’une absence de concurrence de l’Ukraine (+13,1 %).


Le tourisme fluvial, désormais levier de croissance pour les territoires

L’année 2025 prolonge l’excellente dynamique du tourisme français, qui confirme son statut de première destination mondiale avec 102 millions de visiteurs internationaux accueillis et 77,5 milliards d’euros de recettes. Cette performance record bénéficie à l’ensemble des filières, et notamment au tourisme fluvial.

Les croisières fluviales enregistrent en 2025 une excellente performance, avec des taux de remplissage exceptionnels proches de 90 %. Cette dynamique est portée par l’engouement des clientèles européennes (+9 % pour les touristes venus d’Allemagne) et nord-américaine (+10 %), séduites par le « slow tourisme » et l’art de vivre à la française. Sur l’axe Rhône-Saône, ces visiteurs représentent près de 90 % de la clientèle de croisière. 

Dans ce contexte de croissance, le secteur investit dans le renouvellement de sa flotte, avec le remplacement des bateaux de 110 mètres par des unités plus grandes, de 125 à 135 mètres, afin d’optimiser les capacités et de répondre à une demande en constante progression. 

110 mètres, 140 passagers, le MS Jane Austen croise sur la Seine, entre Le Havre et Paris. Son propriétaire, la compagnie suisse Scylla AG inaugure cette année une nouvelle croisière sur la Seine avec le MS Serene (125 m, 134 passagers) et sur le Rhône et la Saône avec le MS Lumière (135 m, 146 passagers) – Scylla AG

 

De nouvelles tendances touristiques apparaissent. Le tourisme itinérant (à vélo, en bateau ou à pied), dans lequel s’inscrit le tourisme "fluvestre" (alliant fluvial et terrestre) sur la voie d’eau et ses abords, connaît une croissance soutenue. Ainsi par exemple, en Île-de-France, cette complémentarité entre activités nautiques et terrestres se traduit notamment par l’ouverture de nouveaux sites de baignade naturelle. L’activité de privatisation de petits bateaux de promenade (moins de 20 personnes) connaît une forte progression, c’est notamment le cas dans la capitale où ce loisir a été redécouvert avec les Jeux de Paris 2024. Enfin, la plaisance locative affiche une saison globalement satisfaisante. 

Si la période estivale reste le cœur de l’activité touristique nationale (43 % des nuitées), le secteur fluvial s’adapte à la multiplication des épisodes de fortes chaleurs et aux attentes des touristes. Ainsi, pour les péniches-hôtels, les "ailes de saison" (le printemps et l’automne) sont désormais plus performantes que la haute saison estivale.

Dans l’Est de le France, les croisières sur l’axe rhénan affichent une croissance de +16 % à Strasbourg, soit près de 274 000 passagers et 1 788 escales. La Bourgogne-Franche-Comté et l’axe Rhône-Saône, affichent pour leur part une hausse exceptionnelle de la fréquentation de navires de croisières, dont ont profité Chalon-sur-Saône, Tain-Tournon et le bassin Sud du Rhône avec l’escale prisée d’Avignon. Les Hauts-de-France se distinguent par une progression remarquable de la plaisance privée (+51 % de passage) et des bateaux-promenade (+25 % de réservations), confirmant l’attractivité de la vallée de l’Oise comme alternative à la Seine. Dans le Sud-Ouest, où la navigation a été maintenue toute la saison, malgré la sécheresse qui a touché le secteur, la fréquentation reste globalement stable, avec toutefois un report constaté vers la Camargue, qui continue de gagner en attractivité.

Un nouveau tourisme fluvial multiacteurs, multimodal et participatif – Voyageons autrement

 

VNF : un investissement conséquent dans la régénération du réseau

Pour rattraper progressivement les effets d’un sous-investissement historique, la régénération du réseau représente la part la plus importante du budget d’investissement de l’établissement : 100 millions d’euros en 2026 sur un total de près de 250 millions d’euros.  Ce budget sera mobilisé au travers de près de 300 opérations réparties sur l’ensemble du réseau, et qui concernent à la fois les ouvrages de grand gabarit datant des années 1960-1970 et ceux de petit gabarit en très grande majorité du XIXe siècle.

Par ailleurs, alors que se renforcent les épisodes de crues et de sécheresses, accentuant la pression sur les ouvrages hydrauliques, VNF va consacrer en 2026 26 millions d’euros à la mise en sécurité et à l’adaptation du réseau au changement climatique, à travers la réalisation de travaux d’étanchéité sur les barrages-réservoirs, la reprise de digues sur l’ensemble du réseau, la reconstruction et la poursuite d’études opérationnelles sur plusieurs ouvrages.

Parallèlement, VNF poursuit un vaste programme de modernisation de la gestion hydraulique, auquel sont consacrés 74 millions d’euros, avec la mise en service de plusieurs sites de téléconduite et l’automatisation des ouvrages permettant une gestion modernisée et sécurisée du réseau. Ces avancées s’accompagnent de la mise en réseau à haut débit de l’ensemble des ouvrages télégérés à distance, pour un investissement de plus de 15 millions d’euros.

L’automatisation des écluses à petit gabarit, grâce à des télécommandes remises aux navigants pour actionner l’ouverture des écluses, continue d’être déployée. Elle permet aux usagers de franchir les ouvrages de manière autonome et d’être dépannés rapidement en cas de dysfonctionnement grâce à l’assistance des équipes VNF via la vidéo, le réarmement à distance ou l’intervention d’agents en cas de besoin. Déployée sur 295 écluses, cette solution a concerné en 2025 plus de 6 500 bateaux, pour 146 000 franchissements, permettant un gain de temps estimé à 1 520 heures pour les usagers. ▄

 

À VENIR
Face au changement climatique, VNF au cœur des territoires :
une affaire de stockages et d’usages
Au cœur des territoires, le réseau géré par VNF est intimement connecté au réseau hydrographique du pays. Il traverse la plupart des grandes zones urbanisées, en constante expansion, et des zones rurales. L’établissement gère de grands fleuves et rivières tels que le Rhin, la Seine ou la Saône ainsi que de nombreuses autres voies structurantes du territoire.

La gestion de l’eau y constitue une mission centrale. 

ci-dessous : HAROPA-Port Paris, photo Martine LB

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