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L’eau n’attendra pas
Dix propositions pour faire du bâtiment et de la parcelle des leviers de la transition hydrique

Mots clés : Environ 8 milliards de m3 de pluie tombent chaque année sur les toitures de France, une fois et demie l'eau potable produite, c'est ici que beaucoup se joue
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L'EAU N'ATTENDRA PAS
Dix propositions pour faire du bâtiment et de la parcelle des leviers de la transition hydrique

Mois de juillet le plus chaud jamais enregistré en France, 67 départements en situation de crise au cœur de l'été, transposition de la directive DERU-2 attendue d'ici au 31 juillet 2027 : c'est dans ce contexte que l'ATEP (Acteurs du traitement des eaux de la parcelle) a publié le 3 novembre son manifeste "L'eau n'attendra pas", présenté en présence du climatologue Jean Jouzel. Dix propositions pour la période 2027-2032, versées au débat de l'élection présidentielle, pour faire de chaque bâtiment et de chaque terrain un maillon de la gestion de l'eau.

Jérémie STEININGER
délégué général de l’ATEP
Acteurs du traitement des eaux de la parcelle

H2o – novembre 2026

 

Un Français consomme en moyenne 150 litres d'eau potable par jour. Il en boit un ou deux. Les toilettes, le lave-linge, l'arrosage et le nettoyage représentent près de la moitié des usages d'un logement, et n'exigent pas une eau de qualité potable. Dans le même temps, un litre sur cinq se perd dans les réseaux, et sur les 7 milliards de mètres cubes d'eaux usées traitées chaque année en France, moins de 1 % sont réutilisés, contre environ 14 % en Espagne.

Ces chiffres ouvrent le manifeste "L'eau n'attendra pas". Ils ne disent pas que la France gère mal son eau : son modèle centralisé a permis l'accès de tous à une eau sûre et compte parmi les grandes réussites du siècle dernier. Ils disent qu'elle fait servir son eau une seule fois, quand elle pourrait la faire servir deux fois. 


Un été qui a déplacé la question

Juillet 2026 a été le mois de juillet le plus chaud jamais enregistré en France, avec un déficit de pluies de près de 70 %. Le 9 août, 67 départements étaient en situation de crise. Un autre chiffre circule beaucoup moins : en France métropolitaine, l'été n'apporte qu'environ 2 % de l'eau douce renouvelable de l'année, quand l'automne et l'hiver en apportent près de 90 %.

Le problème n'est donc pas seulement que l'eau manque. C'est qu'elle arrive quand nous n'en avons pas l'usage, et que nous savons mal la garder jusqu'au moment où nous en avons besoin. La sobriété reste la première réponse. Mais un geste ne met pas d'eau de côté pour l'été ; un stockage, si.


La parcelle, un levier encore sous-exploité

Le débat public sur l'eau se tient d'ordinaire à deux échelles : celle du grand cycle, avec ses bassins, ses nappes et le partage entre usages, et celle du comportement individuel. Entre les deux, une échelle reste largement absente : celle du bâtiment et de son terrain.

C'est pourtant là que beaucoup se joue. Environ 8 milliards de mètres cubes de pluie tombent chaque année sur les toitures de France, soit une fois et demie l'eau potable produite. Selon nos calculs, jusqu'à 1,6 milliard de mètres cubes d'eau potable pourraient, en théorie, être remplacés dans les logements par l'eau de pluie et les eaux grises, soit près de 30 % de la production. À l'échelle d'un bâtiment équipé, la baisse des prélèvements peut atteindre 44 % lorsque l'ensemble des usages autorisés ou expérimentés est couvert.

Récupérer la pluie, réutiliser les eaux grises, infiltrer les eaux pluviales, traiter les eaux usées au plus près de leur production : ces solutions ne remplacent ni la sobriété ni la modernisation des réseaux. Elles les complètent, et elles sont déjà déployées sur le terrain.


Un cadre qui a déjà beaucoup progressé

Le manifeste ne part pas d'une page blanche, et c'est sa première bonne nouvelle. Depuis 2024, après l'eau de pluie, les eaux grises et les eaux de puits peuvent être mobilisées pour certains usages domestiques. L'arrêté du 29 juillet 2026 a ouvert, à titre expérimental, de nouveaux usages comme le lavage du linge et des sols intérieurs ou l'arrosage des potagers. La directive DERU-2 prévoit, elle, un registre et des inspections régulières des systèmes individuels d'assainissement. 

Le droit permet désormais beaucoup. Pour que ces possibilités deviennent des pratiques courantes, quatre chantiers restent à mener : le financement, la maintenance, le modèle économique des services d'eau et la gouvernance.


Trois axes, dix propositions

Les dix propositions du manifeste répondent à ces quatre chantiers. Elles s'organisent en trois axes.

Accompagner et inciter – La rénovation énergétique a son guichet unique ; l'eau pas encore. Le manifeste propose de créer "France Rénov'Eau", intégré au service public de la rénovation de l'habitat, avec un dispositif équivalent pour le patrimoine public et un objectif de 25 % de prélèvements d'eau potable en moins dans les bâtiments publics d'ici 2030. Il propose d'intégrer un volet "eau" au DPE, car on améliore ce que l'on mesure. Il fixe un objectif de 10 % de réutilisation des eaux usées traitées d'ici 2030, assorti d'objectifs propres aux eaux de pluie et aux eaux grises. Il veut faire de l'eau de pluie une ressource pour les territoires, jusqu'à reconnaître les cuves existantes, sur la base du volontariat, comme des ressources complémentaires mobilisables par les secours en cas d'incendie. Il appelle enfin à une politique nationale de réhabilitation de l'assainissement non collectif, avec des aides ciblées et une provision lors de la vente d'un bien dont l'installation n'est pas conforme.

Concevoir autrement – Intégrer après coup une cuve ou des réseaux séparés est plus complexe et plus coûteux que de les prévoir. Le manifeste propose de rendre obligatoire une étude de faisabilité "eau" pour toute nouvelle construction, réalisée par un professionnel qualifié, et de conditionner le raccordement au réseau d'eau potable à une attestation de conformité des installations intérieures.

Garantir la performance dans le temps – Une installation n'a de valeur que si elle reste performante dix ou quinze ans après sa mise en service. Le manifeste propose de rendre effectif l'entretien déjà obligatoire de l'assainissement non collectif et de l'étendre à la récupération d'eau de pluie et au recyclage des eaux grises, avec une traçabilité des interventions dans un volet "eau" du carnet d'information du logement, véritable carte d'identité de l'eau du logement. La dixième mesure fait de la gestion de l'eau à la parcelle un pilier de la planification écologique : outils pour les collectivités, formation des élus et des concepteurs, représentation des professionnels dans les instances de concertation, et réactivation du Plan d'actions national pour l'assainissement non collectif (PANANC), un cadre de dialogue qui existe déjà.

En juin, dans ces colonnes, nous retracions un siècle de réglementation de l'assainissement non collectif et posions la question de la suite. Le manifeste y apporte une réponse de méthode : réunir à nouveau, dans un cadre existant, ceux qui font vivre ces solutions.


Des voix au-delà de la filière

Un manifeste porté par une seule profession aurait peu de poids. Celui-ci s'ouvre sur une tribune du climatologue Jean Jouzel et croise les regards de trois parlementaires, Jean-François Longeot, Hervé Gillé et David Taupiac, de chercheurs du LEESU, du CEREMA et du CSTB, de la CNATP et de professionnels de terrain. Tous partent de situations différentes ; tous arrivent au même constat : l'adaptation à la sécheresse se jouera dans les grands ouvrages, mais aussi dans des millions de bâtiments.


Ce que la profession s'engage à faire

Les dix propositions interpellent la puissance publique, mais elles engagent aussi la filière. À chaque avancée devront répondre des professionnels formés, des référentiels partagés et des règles de l'art. Avec la CAPEB et la CNATP, l'ATEP porte le label Qualipluie, qui qualifie les artisans installateurs sur tout le territoire. Elle met son expertise à la disposition des pouvoirs publics, des collectivités et des maîtres d'ouvrage, et contribue aux consultations publiques : lors de celle de juin 2026, une dizaine de ses 39 observations ont été reprises dans l'arrêté du 29 juillet.


2032 se décide aujourd'hui

Le manifeste se projette en 2032 – Mais 2032 ne se décidera pas en 2032. Les choix qui façonneront notre manière de gérer l'eau se prennent dès maintenant, souvent dans des textes qui n'ont pas l'eau pour objet principal : logement, adaptation au changement climatique, budget, transposition des directives européennes. Plusieurs de ces propositions ont d'ailleurs déjà été versées au débat parlementaire lors de l'examen du projet de loi Relance et décentralisation du logement.

Nous ne demandons pas à l'État de faire à notre place, ni de tout révolutionner. Nous demandons un cap, de la cohérence et un dialogue durable entre pouvoirs publics, collectivités et professionnels. L'eau n'attendra pas que toutes les conditions soient réunies : à nous de les réunir dès maintenant. ▄ 

 

ATEP
L'ATEP réunit 35 entreprises du stockage, du traitement et de la valorisation des eaux du bâtiment et de la parcelle.

Le manifeste "L'eau n'attendra pas" et sa synthèse de 8 pages – ATEP