BLEUQuand la nature invente l'exception Mots clés : indigo, aigue-marine, maya, de prusse, turquoise, marine, cyan, roi, azur, céruleum, de cobalt, lavande, saphir, canard, outremer, ciel |
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Bertrand VALEUR
Parmi les couleurs fondamentales, le bleu occupe une place de choix. C'est aujourd'hui la couleur préférée du monde occidental, loin devant le rouge et le vert. Sa symbolique fait l'objet d'un consensus large : il évoque la paix et l'union, ainsi que l'évasion, le rêve, le froid… Dans les arts plastiques, le bleu s'est aussi toujours distingué, notamment en suscitant chez nombre d'artistes une véritable fascination : Chagall, Matisse, Klein… Sans oublier l'omniprésence du bleu dans la mode, la décoration, le design… Quant au monde naturel qui nous entoure, si riche d'innombrables nuances de couleurs, quelle place fait-il au bleu ? Mis à part les bleus du ciel et de la mer, le bleu est réputé pour être la couleur la plus rare dans le monde terrestre. Alors, pourquoi s'y intéresser plus particulièrement, plutôt qu'au rouge éclatant si abondant, au jaune lumineux, au vert universellement répandu… ? C'est parce que le bleu suscite beaucoup de questions, à commencer par celle de sa rareté précisément. Contrairement aux autres couleurs, le bleu dû à des pigments est en effet très limité. Seule la famille des anthocyanes est susceptible de conférer diverses teintes de bleu aux végétaux. Quant aux animaux, ils ne synthétisent qu'exceptionnellement des pigments bleus. L'évolution a pallié cette déficience en leur faisant produire du "bleu structurel", c'est-à-dire un bleu résultant de l'interaction de la lumière avec des structures microscopiques disposées en surface. Ainsi s'explique par exemple le bleu métallique des ailes du papillon morpho. Aucun pigment ne pourrait engendrer une couleur aussi vive. Ce phénomène se rencontre également pour le vert, mais beaucoup plus rarement avec les autres couleurs. Que dire du monde vivant aquatique ? En réalité, les mers et les océans abondent en êtres vivants auréolés de bleu. Il ne s'agit plus de bleu pigmentaire ni structurel, mais d'une lumière émise par ces organismes, qui est très majoritairement bleue. Dans les profondeurs des abysses, le bleu s'avère être la clé du vivant. Le bleu de la mer et des océans, des fleuves et des lacs eux-mêmes est symboliquement associé à l'eau dont c'est la couleur sous de grandes épaisseurs. Son abondance confère à notre Terre le surnom de "Planète bleue" et les océans sont qualifiés de "poumons bleus". On parle également d'énergie bleue, de carbone bleu… en référence à l'eau. Le bleu est bel et bien une couleur d'exception !
En quête de bleuCet ouvrage est consacré à la couleur bleue naturelle dans le monde qui nous entoure : le ciel, les océans et les mers, les minéraux, les végétaux, les animaux… Il va de soi que "bleu" est un terme générique, car au quotidien, nous en côtoyons une immense diversité de nuances. La nature nous en offre une palette merveilleusement riche : bleu ciel, bleu azur, bleu marine, bleu outremer, bleu saphir, bleu lavande, bleu canard… Quand on évoque le bleu naturel, le ciel et les océans occupent évidemment une place importante. Mais l'origine de la couleur bleue diffère dans les deux cas, aussi est-il intéressant de décrypter ses subtiles nuances. Si la Terre apparaît depuis l'espace comme une planète bleue, c'est parce que les océans et les mers recouvrent 71 % de la surface du globe terrestre. En tant que poumons bleus de notre planète, leur rôle est crucial, et le verdissement progressif de leur couleur dû à la prolifération de phytoplancton, conséquence du réchauffement climatique, mérite la plus grande attention. L'abondance de bleu dans le ciel et les océans contraste avec la rareté du bleu dans le monde vivant et le monde minéral. La nature produit en effet cette couleur avec parcimonie.
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