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Dessin de tracé de fleuve

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La pandémie accroît la demande en eau en bouteille et la pollution

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Dossier de
la rédaction de H2o
  
05/01/2022

Déjà en augmentation quasi-constante depuis quelques années dans un certain nombre de pays de la région, la production et la consommation de l'eau en bouteille en Afrique subsaharienne ont effectué un bond en avant avec l'arrivée de la pandémie de la COVID-19. L'un des pays qui illustrent le mieux cette situation est le Cameroun où la production de l'eau en bouteille a connu une croissance de 25,6 % entre 2019 et 2020, puis de presque 24 % entre 2020 et 2021, d'après les statistiques d'Euromonitor International, une organisation spécialisée dans les études de marché. Cette progression correspond à un volume de production qui est passé de 402,8 millions de litres en 2019 à 506,1 millions en 2020, puis à 627,2 millions de litres en 2021. Ces tendances se confirment à la Société des Eaux Minérales du Cameroun (SEMC) qui est l'un des leaders du marché local de l'eau minérale naturelle. Dans un entretien accordé à SciDev.Net, Hélène Kenmegne-Siaka, directrice de la communication et de la RSE du groupe SABC (Société Anonyme des Brasseries du Cameroun, société mère de la SEMC), affirme que "un pic de la demande a été observé suite à la première annonce des mesures barrières mises en place par l'État. Ce qui peut se comprendre par la ruée des ménages dans les points de vente en vue de faire des achats et des réserves en prévision", dit-elle. "De plus, de nombreux particuliers et entreprises ont distribué gratuitement de l'eau en bouteille dans les communautés défavorisées au cours des premiers stades de la pandémie", ajoute Euromonitor International dans son analyse sur le Cameroun. Autre explication, la concurrence : "Nous assistons chaque année aux entrées de nouvelles marques sur le marché, avec cette particularité d'avoir un positionnement accessible, tout cela concourt à favoriser la démocratisation et justifie la hausse de la consommation. Le souci de consommer sain et faire attention dans cette période de pandémie est probablement un argument supplémentaire", confirme Hélène Kenmegne-Siaka. Il est cependant difficile de dire si cette hausse de la consommation de l'eau en bouteille a entraîné une accentuation de la part des bouteilles ayant contenu de l'eau dans la pollution plastique en Afrique subsaharienne. "Les données et les informations à jour et fiables sur la gestion des déchets font encore défaut dans la plupart des pays. Ainsi, nous ne savons pas si un pays est allé jusqu'à différencier réellement les flux de déchets plastiques, en particulier les bouteilles en plastique", justifie Alexander Mangwiro, responsable de la gestion des programmes au bureau Afrique du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE). Mais, de l'avis d'Adams Tidjani, professeur de physique nucléaire à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar au Sénégal et fondateur de l'Institut des métiers de l'environnement et de la métrologie (IMEM), il est peu probable que l'augmentation de la consommation de l'eau en bouteille ait impacté la pollution de manière considérable. "La pollution par les bouteilles en plastique n'est pas si aiguë comparativement à celle due aux sachets plastiques. Les bouteilles sont la plupart du temps recyclées par les vendeuses d'eau ou de jus. Ceci a permis de créer une filière de récupération des bouteilles en plastique", explique-t-il. "D'autre part, ces bouteilles, si elles ne sont pas recyclées dans cette filière, sont récupérées et recyclées industriellement. Donc, la pollution par les bouteilles en plastique est moins périlleuse", ajoute l'universitaire. Pourtant, Hellen Dena, responsable de la communication et Story Manager chez Greenpeace Africa, constate que "dans beaucoup de zones urbaines, les bouteilles en plastique obstruent les cours d'eau, entraînant des inondations. La pollution plastique déborde des décharges africaines". Là où les différents experts s'accordent sur la contribution de la COVID-19 à la pollution plastique en Afrique, c'est lorsqu'il s'agit de la quantité de masques faciaux et autres outils de protection individuelle jetés dans la nature… estimée à plus de 100 000 tonnes par mois sur le continent pour les seuls masques.

Le lit d'une rivière à Douala, obstrué par les bouteilles en plastique – photo JC/SDN
Julien Chongwang – SciDev.Net

 

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